Les Catholiques et les Francs-maçons

Les Catholiques et les Francs-maçons dans Histoire de l'Eglise 15a

Lettre encyclique Humanum genus de s.s. LÉON XIII du 20 avril 1884 sur la secte des francs-maçons

Extraits

Le péril fut prononcé pour la première fois par Clément XII en 1738, et la constitution promulguée par ce pape fut renouvelée et confirmée par Benoît XIV. Pie VII marcha sur les traces des Pontifes et Léon XII, renfermant dans sa constitution apostolique Quo graviora tous les actes et décrets des précédents papes sur cette matière, les ratifia et les confirma pour toujours. Pie VIII, Grégoire XVI et, à diverses reprises, Pie IX, ont parlé dans le même sens. Le but fondamental et l’esprit de la secte maçonnique avaient été mis en pleine lumière par la manifestation évidente de ses agissements, la connaissance de ses principes, l’exposition de ses règles, de ses rites et de leurs commentaires auxquels, plus d’une fois, s’étaient ajoutés les témoignages de ses propres adeptes.

Irrités de cette mesure et espérant qu’ils pourraient, soit par le dédain, soit par la calomnie, échapper à ces condamnations ou en atténuer la force, les membres de la secte accusèrent les papes qui les avaient portées, tantôt d’avoir rendu des sentences iniques, tantôt d’avoir excédé la mesure dans les peines infligées. C’est ainsi qu’ils s’efforcèrent d’éluder l’autorité ou de diminuer la valeur des constitutions promulguées par Clément XII, Benoît XIV, Pie VII et Pie IX.

Toutefois, dans les rangs mêmes de la secte, il ne manqua pas d’associés pour avouer, même malgré eux, que, étant donné la doctrine et la discipline catholiques, les Pontifes romains n’avaient rien fait que de très légitime.

Dans l’espace d’un siècle et demi, la secte des francs-maçons a fait d’incroyables progrès. Employant à la fois l’audace et la ruse, elle a envahi tous les rangs de la hiérarchie sociale et commence à prendre, au sein des États modernes, une puissance qui équivaut presque à la souveraineté. De cette rapide et formidable extension sont précisément résultés pour l’Église, pour l’autorité des princes, pour le salut public, les maux que Nos prédécesseurs avaient depuis longtemps prévus. On est venu à ce point qu’il y a lieu de concevoir pour l’avenir les craintes les plus sérieuses; non certes, en ce qui concerne l’Église, dont les solides fondements ne sauraient être ébranlés par les efforts des hommes, mais par rapport à la sécurité des États, au sein desquels sont devenues trop puissantes, ou cette secte de la franc-maçonnerie, ou d’autres associations similaires qui se font ses coopératrices et ses satellites.

Il existe dans le monde un certain nombre de sectes qui, bien qu’elles diffèrent les unes des autres par le nom, les rites, la forme, l’origine, se ressemblent et sont d’accord entre elles par l’analogie du but et des principes essentiels. En fait, elles sont identiques à la franc-maçonnerie, qui est pour toutes les autres comme le point central d’où elles procèdent et où elles aboutissent. Et, bien qu’à présent elles aient l’apparence de ne pas aimer à demeurer cachées, bien qu’elles tiennent des réunions en plein jour et sous les yeux de tous, bien qu’elles publient leurs journaux, toutefois, si l’on va au fond des choses, on peut voir qu’elles appartiennent à la famille des sociétés clandestines et qu’elles en gardent les allures.

Il y a, en effet, chez elles, des espèces de mystères que leur constitution interdit avec le plus grand soin de divulguer, non seulement aux personnes du dehors, mais même à bon nombre de leurs adeptes. (É) La plupart du temps, ceux qui sollicitent l’initiation doivent promettre, bien plus, ils doivent faire le serment solennel de ne jamais révéler à personne, à aucun moment, d’aucune manière, les noms des associés, les notes caractéristiques et les doctrines de la Société. C’est ainsi que, sous les apparences mensongères et en faisant de la dissimulation, une règle constante de conduite, comme autrefois les manichéens, les francs-maçons n’épargnent aucun effort pour se cacher et n’avoir d’autres témoins que leurs complices.

Leur grand intérêt étant de ne pas paraître ce qu’ils sont, ils jouent le personnage d’amis des lettres ou de philosophes réunis ensemble pour cultiver les sciences. Ils ne parlent que de leur zèle pour les progrès de la civilisation, de leur amour pour le pauvre peuple. A les en croire, leur seul but est d’améliorer le sort de la multitude et d’étendre à un plus grand nombre d’hommes les avantages de la société civile. Mais à supposer que ces intentions fussent sincères, elles seraient loin d’épuiser tous leurs desseins.

D’autres preuves d’une grande clarté, s’ajoutent aux précédentes et font encore mieux voir combien, par sa constitution essentielle, cette association répugne à l’honnêteté. Si grandes, en effet, que puissent être parmi les hommes l’astucieuse habileté de la dissimulation et l’habitude du mensonge, il est impossible qu’une cause, quelle qu’elle soit, ne se trahisse pas par les effets qu’elle produit : un bon arbre ne peut pas porter de mauvais fruits, et un mauvais n’en peut pas porter de bons.

Or, les fruits produits par la secte maçonnique sont pernicieux et les plus amers (…) il s’agit de détruire de fond en comble toute la discipline religieuse et sociale qui est née des institutions chrétiennes et de lui en substituer une nouvelle façonnée à leurs idées et dont les principes fondamentaux et les lois sont empruntées au naturalisme.

Or, le premier principe des naturalistes, c’est qu’en toutes choses, la nature ou la raison humaine doit être maîtresse et souveraine. Cela posé, il s’agit des devoirs envers Dieu, ou bien ils en font peu de cas, ou ils en altère l’essence par des opinions vagues et des sentiments erronés. Ils nient que Dieu soit l’auteur d’aucune révélation. Pour eux, en dehors de ce que peut comprendre la raison humaine, il n’y a ni dogme religieux, ni vérité, ni maître en la parole de qui, au nom de son mandat officiel d’enseignement, on doive avoir foi. Or, comme la mission tout à fait propre et spéciale de l’Église catholique consiste à recevoir dans leur plénitude et à garder dans une pureté incorruptible, les doctrines révélées de Dieu, aussi bien que l’autorité établie pour les enseigner avec les autres secours donnés du ciel en vue de sauver les hommes, c’est contre elle que les adversaires déploient le plus d’acharnement et dirigent leurs plus violentes attaques.

(…)

Tout ce que Nous venons ou ce que Nous Nous proposons de dire doit être entendu de la secte maçonnique envisagée dans son ensemble, en tant qu’elle embrasse d’autres sociétés qui sont pour elle des soeurs et des alliées. Nous ne prétendons pas appliquer toutes ces réflexions à chacun de leurs membres pris individuellement. Parmi eux, en effet, il s’en peut trouver, et même en bon nombre, qui, bien que non exempts de faute pour s’être affiliés à de semblables sociétés, ne trempent cependant pas dans leurs actes criminels et ignorent le but final que ces sociétés s efforcent d’atteindre. De même encore, il se peut faire que quelques uns des groupes n’approuvent pas les conclusions extrêmes auxquelles la logique devrait les contraindre d’adhérer, puisqu’elles découlent nécessairement des principes communs à toute l’association.

Ainsi, dut-il lui en coûter un long et opiniâtre labeur, elle se propose de réduire à rien, au sein de la société civile, le magistère et l’autorité de l’Église; d’où cette conséquence que les francs-maçons s’appliquent à vulgariser, et pour laquelle ils ne cessent pas de combattre, à savoir qu’il faut absolument séparer l’Église de l’État.

Mais il ne leur suffit pas d’exclure de toute participation au gouvernement des affaires humaines, l’Église, ce guide si sage et si sûr : il faut encore qu’ils la traitent en ennemie et usent de violence contre elle. De là l’impunité avec laquelle, par la parole, par la plume, par l’enseignement, il est permis de s’attaquer aux fondements même de la religion catholique. Ni les droits de l’Église, ni les prérogatives dont la Providence l’avait dotée, rien n’échappe à leurs attaques. On réduit presque à rien sa liberté d’action, et cela par des lois qui, en apparence, ne semblent pas trop oppressives, mais qui, en réalité, sont expressément faites pour enchaîner cette liberté. Au nombre des lois exceptionnelles faites contre le clergé, Nous signalerons particulièrement celles qui auraient pour résultat de diminuer notablement le nombre des ministres du sanctuaire et de réduire toujours davantage leurs moyens indispensables d’action et d’existence. Les restes des biens ecclésiastiques soumis à mille servitudes, sont placés sous la dépendance et le bon plaisir d’administrateurs civils. Les communautés religieuses sont supprimées ou dispersées.

A l’égard du Siège apostolique et du Pontife romain, l’inimitié de ces sectaires a redoublé d’intensité. Après avoir, sous de faux prétextes, dépouillé le pape de sa souveraineté temporelle, nécessaire garantie de sa liberté et de ses droits, ils l’ont réduit à une situation tout à la fois inique et intolérable, jusqu’à ce qu’enfin, en ces derniers temps, les fauteurs de ces sectes en soient arrivés au point qui était depuis longtemps le but de leur secret dessein : à savoir, de proclamer que le moment est venu de supprimer la puissance sacrée des Pontifes romains et de détruire entièrement cette Papauté qui est d’institution divine. Pour mettre hors de doute l’existence d’un tel plan, à défaut d’autres preuves, il suffirait d’invoquer le témoignage d’hommes qui ont appartenu à la secte et dont la plupart, soit dans le passé, soit à une époque plus récente, ont attesté comme certaine la volonté où sont les francs-maçons de poursuivre le catholicisme d’une inimitié exclusive et implacable, avec leur ferme résolution de ne s’arrêter qu’après avoir ruiné de fond en comble toutes les institutions religieuses établies par les Papes.

Que si tous les membres de la secte ne sont pas obligés d’adjurer explicitement le catholicisme, cette exception, loin de nuire au plan général de la franc-maçonnerie, sert plutôt ses intérêts. Elle lui permet d’abord de tromper plus facilement les personnes simples et sans défiance, et elle rend accessible à un plus grand nombre l’admission dans la secte.

Relativement à la société domestique, voici à quoi se résume l’enseignement des naturalistes. Le mariage n’est qu’une variété de l’espèce des contrats; il peut donc être légitimement dissout à la volonté des contractants. Les chefs du gouvernement ont puissance sur le lien conjugal. Dans l’éducation des enfants, il n’y a rien à leur enseigner méthodiquement, ni à leur prescrire en fait de religion. C’est affaire à chacun d’eux, lorsqu’ils seront en âge, de choisir la religion qui leur plaira. Or, non seulement les francs-maçons adhèrent entièrement à ces principes, mais ils s’appliquent à les faire passer dans les moeurs et dans les institutions. Déjà, dans beaucoup de pays, même catholiques, il est établi qu’en dehors du mariage civil, il n’y a pas d’union légitime. Ailleurs, la loi autorise le divorce que d’autres peuples s’apprêtent à introduire dans leur législation, le plus tôt possible. Toutes ces mesures hâtent la réalisation prochaine du projet de changer l’essence du mariage et de le réduire à n’être plus qu’une union instable, éphémère, née du caprice d’un instant et pouvant être dissoute quand ce caprice changera.

La secte concentre aussi toutes ses énergies et tous ses efforts pour s’emparer de l’éducation de la jeunesse. Les francs-maçons espèrent qu’ils pourront aisément former d’après leurs idées cet âge si tendre et en plier la flexibilité dans le sens qu’ils voudront, rien ne devant être plus efficace pour préparer à la société civile, une race de citoyens telle qu’ils rêvent de la lui donner. C’est pour cela que, dans l’éducation et l’instruction des enfants, ils ne veulent tolérer les ministres de l’Église, ni comme surveillants, ni comme professeurs. Déjà, dans plusieurs pays, ils ont réussi à faire confier exclusivement à des laïques l’éducation de la jeunesse, aussi bien qu’à proscrire totalement de l’enseignement de la morale, les grands et saints devoirs qui unissent l’homme à Dieu.

Ainsi que Nous l’avons exposé ailleurs, tous les peuples, tous les siècles s’accordent à reconnaître dans le mariage quelque chose de sacré et de religieux et la loi divine a pourvu à ce que les unions conjugales ne puissent pas être dissoutes. Mais si elles deviennent purement profanes, s’il est permis de le rompre au gré des contractants, aussitôt la constitution de la famille sera en proie au trouble et à la confusion; les femmes seront découronnées de leur dignité; toute protection et toute sécurité disparaîtront pour les enfants et pour leurs intérêts.

Et plût à Dieu que tous, jugeant l’arbre par ses fruits, sussent reconnaître le germe et le principe des maux qui nous accablent, des dangers qui nous menacent. Nous avons affaire à un ennemi rusé et fécond en artifices. Il excelle à chatouiller agréablement les oreilles des princes et des peuples; il a su prendre les uns et les autres par la douceur de ses maximes et l’appât de ses flatteries. Les princes? Les francs-maçons se sont insinués dans leurs faveurs sous le masque de l’amitié, pour faire d’eux des alliés et de puissants auxiliaires, à l’aide desquels ils opprimeraient plus sûrement les catholiques.Pour employer fort à propos les paroles de saint Augustin, ils croient ou cherchent à faire croire que la doctrine chrétienne est incompatible avec le bien de l’État, parce qu’ils veulent fonder l’État, non sur la solidité des vertus, mais sur l’impunité des vices. Si tout cela était mieux connu, princes et peuples feraient preuve de sagesse politique et agiraient conformément aux exigences du salut général, en s’unissant à l’Église pour résister aux attaques des francs-maçons, au lieu de s’unir aux francs-maçons pour combattre l’Église.

Donné à Rome, près Saint Pierre, le 20 avril 1884, de Notre Pontificat la septième année.

LÉON XIII, PAPE


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L’Inquisition et l’Eglise Catholique Romaine

L'Inquisition et l'Eglise Catholique Romaine dans Histoire de l'Eglise Galileo_facing_the_Roman_Inquisition

L’INQUISITION

Cinq siècle après, il y en a qui ont encore mal…

Etrange, non ?

Lu sur Radices Ecclesiae:

Le 15 mai 2004 la presse s’empare d’un fait incroyable : l’Eglise demande pardon pour ses méfaits pendant l’Inquisition !

En fait la nouvelle est déformée, et les commentaires sont focalisés sur une partie du propos original. De la part de professionnels, qui sont censés savoir lire les communiqués de presse, c’est consternant, soit de maladresse, soit de mauvaise volonté.

Le Cardinal Cottier, théologien de la Maison pontificale commente : l’Eglise « ne cesse de faire pénitence » et « elle reconnaît toujours comme siens, devant Dieu et devant les hommes, ses fils pécheurs ». Ah, un aveu, se disent certains…

Raté ! Car ce disant, le Cardinal Cottier ne fait que reprendre « Lumen Gentium », texte du Concile Vatican II écrit il y a… un demi-siècle !

Le Cardinal poursuit : il est pour lui nécessaire d’examiner avec précision « ce qui constitue un vrai scandale et où il se trouve ». Le domaine de la recherche est vaste et entre dans le cadre de ce que Jean-Paul II a appelé la « purification de la mémoire », parce que « la mémoire historique, c’est-à-dire l’image que nous nous faisons du passé n’est pas exempte de déformations et de préjugés ».

« Une demande de pardon, dit-il, ne peut concerner, cela va de soi, que des faits vrais et objectivement reconnus. On ne demande pas pardon pour des images diffuses dans l’opinion publique qui tiennent plus du mythe que de la réalité ».

Car les chiffres parlent : lors du Symposium international organisé au Vatican du 20 au 31 octobre 1998 par la Commission historico-théologique du Comité du Grand Jubilé de l’an 2000, le professeur Borromeo mettait en exergue un comptage qui fait réfléchir :
- les tribunaux civils sur l’Europe ont mené 100.000 procès pour sorcellerie, et ont abouti à 50.000 condamnations à mort.
- les tribunaux religieux espagnols ont mené 120.000 procès d’Inquisition, et ont abouti à 59 condamnations à mort.

Il est arrivé plusieurs fois que l’accusé ait demandé à être jugé par le tribunal de l’Inquisition plutôt que par un tribunal civil. Il en avait le droit. Et au vu des chiffres ci-dessus, on comprend pourquoi ! De plus certaines sentences étaient exécutées par contumace en faisant brûler des mannequins !

Il ne faut pas l’oublier : les milliers de victimes furent ceux de la justice civile.

A noter au passage que les accusateurs de l’Eglise ne diffusent jamais de chiffres, eux. Leurs arguments seraient sans doute mis à mal par un comptage objectif…

Et ceux qui veulent poursuivre l’Eglise de leur vindicte – on se demande ce qu’ils en retirent à part le plaisir de nuire - feraient bien aussi de dénoncer un autre événement qui fit 30.000 morts (et encore ce chiffre est sous-estimé). Lequel ? La Révolution française ! Mais là, le sang versé devient pour eux une excellente chose ! Comme si les certains génocides étaient horribles, et d’autres excusables. Hypocrisie ou inculture ? Voilà la vraie question.

source : www.de-ecclesia.com

L’Eglise Catholique, une infammie ?

L'Eglise Catholique, une infammie ? dans Benoït XVI persecutionchretiens

L’anticléricalisme a toujours été à l’ordre du jour, Pierre Cormary, un catholique se défend sur son blog personnel :

A une amie du sud qui me demandait d’intervenir, amicalement, contre un camarade anticlérical à elle, et que nous appellerons ici, comme il se doit, Jean-Kevin, cette défense du christianisme que j’écrivis spontanément et qui me semble avoir sa place ici, malgré quelques paragraphes déjà connus :

Très chère D…,
Comme aurait dit Pascal en parlant des Jésuites, « il n’y a rien de tel que les Jésuites ». Il n’y a rien de tel que les anticléricaux caricaturaux.

Donc, Jean-Kevin, bouffeur de curé cohérent et non dépourvu de raison et d’intelligence, condamne le christianisme, ou plus exactement l’Eglise Catholique incarné par le Pape (« le vieux »). Il lui reproche d’avoir trahi le message de son fondateur (dont au moins il reconnaît, arguant cela, la vertu de celui-ci), d’avoir fait de ce dernier une idole (ce qui n’est pas si faux), d’avoir toujours été du côté de l’empire plus que des exclus (ce qui n’est pas si vrai), d’être enfin une secte vindicative et tyrannique qui n’a cessé de vouloir plonger l’humanité dans l’abstinence, et donc dans le refoulement sexuel et la perversion (ce qui est très fantasmatique). S’il finit par crier paradoxalement « vive Benoît XVI », ce n’est pas tant pour glorifier celui-ci que pour voir en lui le représentant hystérique et transparent d’une secte qui a fait au monde tout le mal dont elle était capable, et qui apparaît enfin sous son vrai visage de boche SS.

Le problème de Jean-Kevin est que c’est un gros naïf qui n’a pas lu Sade. S’il avait lu Sade, il saurait que toutes les religions du monde, toutes les institutions du monde, toutes les morales du monde, toutes les politiques du monde, ont eu leur lot de morts et de massacres, d’injustices et d’odieuseries. L’Eglise est coupable des croisades et de l’inquisition, mais la République est coupable de la Terreur et des révolutions (c’est-à-dire des charniers), la religion est coupable d’intolérance et de torture, mais l’athéisme (celui du XX ème siècle, nazisme et communisme) est coupable de génocides dont l’horreur dépasse l’imagination. Au nom de l’Evangile, on a envoyé des milliers de gens sur le bûcher, mais au nom des Droits de l’Homme, on a colonisé la moitié du monde. Eh, toi, homme noir, toi y en seras mieux dans ta peau et dans ta tête quand toi y en sera libéral et démocrate comme nous. Tes ancêtres les Gaulois. Je n’invente rien, il suffit de relire les discours de Jules Ferry, qui après avoir voulu éduquer les petits français, s’était pris en tête de vouloir éduquer les petits africains. Ne jamais oublier que c’est Ferry qui a déclaré sans peur et sans reproche que les « races supérieures se devaient d’affranchir les races inférieures », et que c’est la gauche de l’époque qui subventionnait les colonies françaises.

Alors, évidemment, Jean-Kevin me répondra que ce n’est pas en m’en prenant aux valeurs laïques et républicaines que je défendrais les valeurs chrétiennes, et il aura bien raison. Non, ce que je veux dire, c’est que lorsqu’on s’en prend à une institution, à une morale, à une religion, on insiste toujours sur les erreurs et les crimes de celle-ci, alors qu’au fond, on déteste ses vertus et ses excellences – et comble de chance, il y a toujours dans l’histoire de n’importe laquelle de ses politiques et de ses religions de quoi la discréditer. Un progressiste vous prouvera sans crainte que les temps anciens furent le lieu des dizaines de milliers de brûlés et de sacrifiés à l’autel du Christ. Un réactionnaire vous prouvera sans difficulté que la modernité fut le lieu des six millions de morts juifs et des quatre-vingt millions de morts paysans russes et chinois. Mais encore une fois, le problème n’est pas là.
Jean-Kevin n’aime pas l’Eglise non pas pour ce qu’elle a fait de mal mais pour ce qu’elle a fait de bien. Il est sans doute un de ses « libres penseurs » qui ont choisi l’autonomie de l’homme par rapport à l’asservissement clérical (ou ce qu’il considère comme tel). Pour moi qui me considère moins comme un « libre penseur » que comme un homme libre (c’est-à-dire un chrétien), je lui ferai remarquer quelques bricoles.

Le christianisme, c’est ce qui nous a sorti du paganisme, c’est-à-dire du sacrifice humain. Il faut lire René Girard qui a tout dit sur la question.
Dans le mythe (c’est-à-dire le paganisme), le divin, c’est la foule. Dans le christianisme (c’est-à-dire la religion civilisée), le divin, c’est la personne. Dans le mythe, la foule, le choeur ou la meute ont raison contre la personne – celle-ci est d’ailleurs sacrifiée à la plus grande joie dionysiaque de tous. Dans le christianisme, la foule l’emporte toujours contre la personne, mais cette fois-ci dans la honte et l’amertume. C’est qu’avec le christianisme, la violence n’est plus cathartique mais horrible et scandaleuse. De même au cinéma. Lorsque dans un film la violence est filmée de façon rigolote ou excitante (série des Saw, des Hostel, Orange mécanique), on est dans le païen, alors que lorsqu’ elle est filmée de manière problématique, voire insoutenable (Salo, Casino, Orange mécanique), on est dans le chrétien – vous pourrez remplacer, si cela vous chante, « païen » par « barbare » et « chrétien » par « humain », c’est la même chose. Dans le christianisme, ou l’humanité réalisée, l’unanimité mimétique ne fait plus recette. Et c’est pourquoi les hommes adultères se résolvent, bien à contre-coeur, à ne pas lapider la femme adultère. C’est là l’un des rares succès sociaux du Christ, sinon le seul, pendant son ministère. A la fin, la violence mimétique et païenne reprendra le dessus et la foule ordonnera sa mise à mort.
Le christianisme n’a pas aboli la violence mais a fait de la violence un scandale. Le christianisme n’a pas aboli l’inégalité mais a fait de l’inégalité une horreur sociale et a permis à l’humanité de concevoir l’égalité (Jésus répète à qui mieux mieux que tous les hommes se valent, juif comme romain, romain comme barbare, homme comme femme) – et c’est cela la révolution anthropologique du christianisme, même s’il a fallu deux mille ans pour la réaliser.

Et là, nous abordons le problème du temps. D’abord, contrairement à ce que pensent les impatients, c’est-à-dire les ignorants, l’humanité ne s’est pas humanisée en un jour. Il a fallu des siècles pour que l’homme reconnaisse la femme (amour courtois), sinon pour lui donner le droit de vote (de Gaulle), il a fallu des siècles pour que l’esclavage soit aboli (en gros de l’Epitre à Philémon à 1830), il a fallu des siècles, enfin, pour que l’humanité, du moins occidentale, en arrive aux Droits de l’Homme – qui ne sont, si l’on en croit le plus grand philosophe politique de notre pays, Marcel Gauchet, que la concrétisation laïque des préceptes de l’Evangile. Bref, le judéo-christianisme a structuré notre monde, lui a donné ses valeurs, sa grandeur, et dont même un Jean-Kevin est tributaire.

Alors se contenter de dire que l’Eglise est « une secte de pédophiles » qui chouchoutent le pouvoir, je trouve ça un peu court. En fait, l’Eglise, malgré tous les défauts réels qu’on peut lui trouver, est ce qui a permis de garder et de transmettre le message du Christ. L’Eglise, c’est l’université du Christ, son école de grammaire et de musique, son campus de littérature et de philosophie. Et ne lui en déplaise, une secte qui crée une civilisation, ce n’est plus une secte, c’est une religion, c’est-à-dire ce qui lie l’homme à Dieu, c’est-à-dire ce qui lie l’homme à l’homme.
« La Bible n’est pas une théorie de Dieu, mais une théorie de l’homme », écrit Simone Weil, la philosophe chrétienne la plus importante depuis saint Augustin.
Et puis franchement, comment peut-on penser qu’une saloperie ait pu fonder toute une civilisation ? Une saloperie qui aurait duré des siècles ? Ce soupçon permanent sur le credo et ses garants m’est aussi insupportable que les révisionnistes. Et c’est pour cela que je préfère croire à l’esprit saint plutôt qu’à Faurisson, Mordillat ou Prieur.

Mais pourquoi tant d’horreur, risque-t-on alors de me rétorquer. Pourquoi tant de méchanceté, de faiblesse, pourquoi tant de complaisance inique au sein d’une institution censée communiquer un message d’amour et d’espérance ? Pourquoi tant de sado-pédo-cupido-curés ?
Eh, vieux ! N’as-tu pas lu Chesterton ou Kierkegaard ? N’as-tu pas lu l’Evangile tout simplement ? Si tu les avais lu, tu saurais que lorsque l’infini s’adresse au fini, il s’attend à ce que tout n’aille pas droit dans ses bottes. Tu saurais que lorsque Jésus exhorte Pierre, Paul et les autres à communiquer son enseignement aux hommes, il sait plus que nul autre qu’il s’adresse à des hommes, c’est-à-dire à des enfoirés et des connards. Des fanatiques (Paul), des lâches renieurs (Pierre), des demi-imbéciles et des parfait idiots (tous les autres). C‘est que, vois-tu, le Christ aime les hommes et s’en remet à eux, sachant pertinemment que tout n’ira pas comme sur des roulettes. Le Christ, pourrait-on dire, aime les hommes plus que le bien. Quand il voit ce qui se passe, il pleure lui aussi. Comme le dit Kierkegaard dans une expression sublime, « il y a de la tristesse au ciel ». Et de la bêtise sur terre. Notamment celle qui fait préférer le bien aux hommes – catharisme, protestantisme, communisme. Et les hommes qui préfèrent le bien aux hommes sont ceux en général qui font de la terre, et au nom de leur paradis utopique, un enfer.

Je crois que dans la haine du monde pour le Pape actuel, il entre beaucoup de cette utopie infernale. On voudrait les choses parfaites, on voudrait que le message christique soit réalisée à la lettre. Mais le message christique est scandale et folie. Le message christique est d’une certaine façon impossible à concrétiser sur terre. Alors certains essayent quand même. Ce sont les chrétiens – et si tu es un homme de bonne volonté, tu es un chrétien. Même si tu ne crois pas en Dieu, tu es chrétien. Croire en l’homme, en l’histoire, au progrès c’est être chrétien (Leibniz, Kant et Hegel ont tout dit là-dessus). Et d’autres ne cessent de critiquer à mort les couacs de cette concrétisation. Ce sont les Gentils, les Purs, les Normaux, les Heureux qui ne comprennent pas que la vie est violence et l’existence douleur.
D’ailleurs, les gens sains et heureux sont des nazis qui s’ignorent, comme disait un excellent camarade à moi.
Bien sûr, je ne dis pas que l’ami Jean-Kevin est un nazi. Je suis certain, vu sa lettre, que c’est un gars très bien, très sensible et très sensé. Qu’il est même dans une certaine mesure un déçu du christianisme. En fait un impatient. Un type qui voudrait que le royaume de Dieu se réalise hic et nunc. Un Judas. Car Judas, c’est précisément celui qui n’en peut plus d’attendre, et qui voudrait tellement que tout se passe mieux et plus vite en ce monde pourri. Et moi, j’aime aussi beaucoup Judas.


Mais je suis pragmatique, donc je suis catholique. Sans l’Eglise catholique, le christianisme serait devenu une secte, des sectes même, des milliers de sectes, des millions d’hérésies
. Alors oui, il a fallu que le Christianisme soit aux côtés de l’empire, fasse alliance avec l’empereur, le roi, le tyran, pour garder son message intact et pour continuer à le transmettre moins dans sa pureté que dans son impureté moindre.
Et puis, il faut s’entendre. L’histoire de l’Eglise et de l’Etat, en France comme ailleurs, fut toujours une suite de conflits, de mésententes, de guerres intra muros. L’Eglise accompagna les empires pour mieux les humaniser, sinon pour mieux les subvertir. S’il n’y avait pas eu d’évêques, d’archevêques et de Papes en Occident, s’il n’y avait pas même eu d’inquisition (l’invention de la justice moderne, comme dit Michel Foucault), il y aurait eu encore plus de massacres et d’injustices. Et s’il n’y avait pas eu de moines, il n’y aurait pas eu de charité, ni d’intellect. L’histoire de l’Occident, c’est l’histoire des horreurs que le christianisme nous a évitées. L’histoire du XX ème siècle, c’est l’histoire des horreurs que le christianisme n’a pas évitées – nazisme et communisme, c’est-à-dire paganisme et athéisme.

Enfin, je dirai une dernière chose. Si l’Eglise catholique reste aussi prégnante dans le monde, ce n’est pas parce que le Pape est un mec cool, fun et sympa, ou parce qu’il est un publicitaire aliénant et aliénateur, ou parce que l’Occident a colonisé le monde, non, c’est que tout simplement, et là nous touchons le point métaphysique par excellence, parce que le christianisme est la seule religion au monde qui s’adresse à l’individu et non au peuple, à la personne et non à la nation, à tout un chacun et non à tous. le christianisme est personnaliste, non collectiviste. Il agit psychologiquement, non sociologiquement. Bien entendu, le Pape s’adresse à des foules, la messe est dite à une assemblée, mais le message est toujours individuel, subjectif. Le Christ dont le Pape est le représentant est un Dieu qui parle à UN homme. Toi, moi, lui, elle. C’est cela qui fait que malgré ses complaisances aux empires de ce monde, le christianisme a toujours séduit, et à mon humble avis, n’est pas prêt de s’arrêter. Tant qu’il y aura des individus, il y aura le Christ.

Et c’est cela qu’il faut piger dans cette histoire de préservatif ou d’avortement. Quand le Pape répète, apparemment comme un vieux schnock frustré, qu’il faut mieux être fidèle que libertin, abstinent plutôt qu’incontinent, et mère de famille plutôt qu’avorteuse, il s’adresse à la personne humaine, subjective, singulière. Et dans notre monde mondialisé, politisé, où tout le monde parle à tout le monde, où tout le monde veut être objectif, cette subjectivité-là est insupportable. L’invention majeure du christianisme, c’est l’individualité. L’individu. Le toi. Le moi. Le Christ qui Te parle et qui Me parle. A moi et à toi sans les autres, sans le nous, sans le on. A toi contre eux. A moi hors d’eux. Job.

C’est ce qui m’a toujours frappé dans les Evangiles – et c’est là toute leur extraordinaire force dont le Pape est dépositaire : cette façon qu’a Jésus de maudire tout le monde (ce qui lui arrive de temps en temps quand il est colère), et de pardonner et de bénir chaque être qu’il a en face de lui. A la lettre, on pourrait dire qu’il envoie tout le monde et personne en enfer, et mieux, qu’il envoie tout le monde en enfer, et chacun au paradis. Et comme il n’est pas à une contradiction près, au moment de la croix, de ses pires souffrances, il a le culot de pardonner pour une fois collectivement : « Mon Dieu, pardonne-leur, ces crétins ne savent pas ce qu’ils font. »
Et il nous pardonne puisqu’on est pécheur. Il ne sait même faire que ça, pardonner. « C’est son métier », disait le poète Heine.

A tout péché, donc, miséricorde. Dieu nous pardonne tous nos péchés, mais à la condition express que nous ayons reconnu que c’étaient des péchés – afin que lui aussi les reconnaisse. Car si Dieu nous remet tous nos péchés, soit les actes que nous lui présentons comme tels, il ne nous remet que ceux-là. Un acte mauvais que, pour une raison ou pour une autre, nous refuserions de qualifier de péché et que nous ne lui présenterions pas, ne serait pas remis par Dieu. C’est que Dieu ne peut pardonner que ce qu’il reconnaît – mieux, que ce qu’il connaît. OR DIEU NE CONNAIT NI NE RECONNAIT LE MAL. Ce paradoxe suffocant, Kierkegaard l’a bien vu quand il écrit dans son Concept de l’angoisse : « On peut dire [...] de Dieu qu’il n’a pas connaissance du mal. [...] Le fait que Dieu ne connaît pas le mal, ne peut ni ne saurait le connaître, c’est l’absolu châtiment du mal. » La punition du mal, c’est que Dieu ne le voit jamais, et donc ne le traite jamais. Dieu n’a d’yeux que pour le bien – et encore le bien personnel, le bien intime, le bien qui dit « je ». Or prendre conscience du mal comme péché est déjà un bien intime. C’est si je fais du mal un péché, c’est-à-dire un état personnalisé, un état que je reconnais être mien, que Dieu pourra m’absoudre. Mais le mal impersonnel, celui que nous avons fait et que nous fuyons, est précisément celui que Dieu nous abandonne. Ce que nous n’avouons pas, ce que nous gardons pour nous, Dieu nous le laisse pour notre malheur éternel.

C’est ce qui fait du péché une chose si personnelle. Et c’est ce qui fait que je dois bien me garder d’accuser les autres de péché. « Car moi seul puis m’accuser de péché. Je puis constater que quelqu’un a commis une faute. Mais je n’ai pas le droit d’accuser qui que ce soit de péché. Cela serait, justement, un péché », dit Brague. Par conséquence, « je n’ai le droit d’expédier personne en enfer, même le pire des criminels dont l’histoire ait gardé le souvenir. » Peut-être le péché qui consiste à damner autrui est le seul qui ne sera pas remis. Et c’est pourquoi nous aimons cette boutade que les seuls qui doivent aller en enfer sont ceux qui ont voulu que d’autres y aillent.
C’est une question de peur tout ça – ou de courage, plutôt.
Alors pourquoi je suis papiste ? Parce que le Pape est le garant de ce courage, et de tout le reste.
Amen.

Pierre Cormary

Source: http://pierrecormary.hautetfort.com/archive/2009/03/31/defense-du-christianisme-catholique.html

Hitler et les Chrétiens

Voici quelques citations du tristement célèbre Adolf Hitler sur l’Eglise et le Christianisme :

« Le coup le plus dur qui ait frappé l’humanité, c’est l’avènement du christianisme. »

« Si le monde antique a été si pur, si léger, si serein, c’est parce qu’il a ignoré ces deux fléaux : la vérole et le christianisme. »

« Le christianisme a retardé de mille ans l’épanouissement du monde germanique. »

« Si le danger n’avait pas existé que le péril rouge submergeât l’Europe, je n’eusse pas contrecarré la révolution en Espagne. Le clergé eût été exterminé. » 

« L’Église catholique n’a qu’un seul désir, c’est notre effondrement. » « la principale activité des curés consiste à saper la politique nationale-socialiste. » 

« Attendons la fin de la guerre, et un terme sera mis au Concordat. Je me réserve le plaisir de rappeler moi-même à l’Église les nombreux cas où elle l’a violé. Qu’on songe, par exemple, à la collusion de l’Église avec les meurtriers de Heydrich. Non seulement des prêtres leur ont permis de se cacher dans une église de la banlieue de Prague. Mais ils leur ont permis de se terrer dans le sanctuaire de cette église. »

Qu’on n’aille pas après, nous chanter l’éternel refrain de l’Eglise collaboratrice…

Guy d’Aulrois

PIE XII et la Collaboration

PIE XII et la Collaboration dans Histoire de l'Eglise pie12

Le Pape Pie XII (Eugenio Pacelli) accusé d’intelligence avec Hitler a vu son chef d’accusation réduit à celui d’avoir gardé le silence face à la politique nazie contre les juifs…

Le Polémiste croit fermement que ce nouveau chef d’accusation est aussi injuste que le premier, et vous propose de lire un article écrit par Laurent Dandrieu et paru dans Valeurs Actuelles le 21/01/2010:

Par Laurent Dandrieu

La légende noire de Pie XII ne résiste pas à l’examen des faits. Mais à travers lui, c’est la papauté qui est visée.

C’est le type même du débat désespérant, où les mêmes sempiternelles calomnies, mille fois réfutées par les historiens, sont ressorties ad libitum comme autant de faits indiscutables. Du dossier à charge où les médias ne veulent entendre qu’un son de cloche. De la polémique anachronique où, douillettement installé dans un confort moral sans risque, on réclame d’un acteur du passé une attitude prophétique quand il ne pouvait se soucier que d’efficacité ; où les jugements abrupts des publicistes d’aujourd’hui prennent le pas sur les témoignages des acteurs de l’époque, et où la louange de survivants de la Shoah assurant Pie XII de leur gratitude éternelle ne pèse rien face à la condamnation pressée des nouveaux juges.

De quelque côté qu’on le prenne, le dossier instruit contre Pie XII apparaît singulièrement vide, malgré les quarante ans où, comme nonce en Allemagne (1917-1929), puis comme secrétaire d’État du Vatican (1930-1939), enfin comme pape (1939-1958), Eugenio Pacelli fut au coeur de la vie de l’Église.

Défiance vis-à-vis du judaïsme, voire antisémitisme ? Aucun fait, aucune citation ne vient jamais appuyer cette accusation à l’encontre de celui qui fut le principal rédacteur de l’encyclique de Pie XI, Mit brennender Sorge (1937),qui condamnait le nazisme et ses délires racistes, et l’organisateur de sa distribution clandestine dans toute l’Allemagne, au nez et à la barbe des nazis. On accuse régulièrement Pie XII d’avoir enterré une nouvelle condamnation préparée par son prédécesseur, qui en réalité ne dépassa jamais le stade du projet. Or, Pie XII, dès sa première encyclique, Summi Pontificatus (1939), a émis une nouvelle condamnation du racisme, dont 88 000 exemplaires furent largués au-dessus de l’Allemagne par l’aviation française pour y affaiblir le nazisme.

Dans son livre Pie XII et les Juifs, le rabbin David Dalin note que les détracteurs de Pie XII ne parlent jamais des nombreuses amitiés juives nouées par Eugenio Pacelli, en Allemagne ou à Rome. Pie XII, qui fut, note-t-il encore, « le premier pape qui, dans sa jeunesse, a participé à des repas de sabbat chez des juifs », dans la famille d’un grand ami de sa jeunesse romaine, Guido Mendes, qu’il aidera à se réfugier en Suisse après les mesures antisémites de 1938. À cette époque, nombre d’intellectuels juifs furent chassés de l’université italienne ; Pie XII procura des postes à plusieurs d’entre eux à la Bibliothèque vaticane ou à Radio Vatican, où pour la première fois un juif fut invité à tenir une chronique régulière

Sympathie pour le régime nazi ? Cette thèse ne résiste pas aux innombrables condamnations du régime, protestations officielles contre ses exactions, propos publics ou privés condamnant la perversité du régime nazi. L’argument souvent utilisé est le concordat de 1933 entre le Vatican et l’Allemagne,négocié et signé par Pacelli, dans lequel ses détracteurs veulent voir un quitus idéologique accordé au régime hitlérien.Or, Pie XI avait envisagé de négocier un pareil concordat avec la Russie soviétique, lui qui a défini le communisme comme « intrinsèquement pervers ». Pareil concordat visait seulement à donner aux catholiques un statut qui les protège, surtout quand se profilaient des persécutions,qui étaient inévitables en Allemagne nazie. Même John Cornwell, dans son livre à charge Hitler’s Pope (devenu en français le Pape et Hitler), est obligé de reconnaître que, pendant la négociation du concordat, Pacelli « ne fait aucun effort pour dissimuler la répugnance que lui inspirent les agissements de Herr Hitler.[…]Il déplore la persécution des juifs, […] le règne de terreur auquel la nation est soumise ».

Les nazis, eux, n’ont d’ailleurs jamais confondu l’affection indéniable de Pie XII pour l’Allemagne avec une quelconque sympathie pour leur régime. Comment l’auraient-ils pu alors que – exemple entre cent –, inaugurant la basilique de Lisieux en 1937, Pacelli parlait de l’Allemagne comme « cette grande et noble nation que de mauvais bergers égarent sur les chemins dévoyés de l’idéologie de la race ». En 1939, la presse allemande s’affligera de l’accession au pontificat de celui qu’elle a constamment dénoncé comme un « ami des juifs » s’étant « toujours opposé au nazisme ».

Obsession anticommuniste, qui aurait poussé Pie XII à voir dans le nazisme un utile rempart contre le bolchevisme ? Pur fantasme : en janvier 1940, dénonçant la « barbarie » nazie en Pologne, Radio Vatican affirme que « les Allemands usent des mêmes moyens, et peut-être encore pires, que les Soviétiques eux-mêmes ». Le 6 mai 1940, alerté par des Allemands antinazis, Pie XII fait prévenir les Alliés de l’imminence de l’offensive allemande sur le front occidental. À l’ambassadeur de France Léon Bérard,nommé par Vichy, Pie XII confia : « Je redoute Hitler plus que Staline. »

Le pape d’Hitler ? Une édition du livre de John Cornwell, mettant en couverture une photo du nonce Pacelli en 1927, salué par deux soldats allemands de la République de Weimar, la présente comme une photo prise en 1939, à l’issue d’une entrevue avec les dirigeants nazis qui n’eut jamais lieu ! Lors du couronnement de Pie XII, Hitler fut le seul chef d’État à ne pas envoyer de représentant. Le “pape d’Hitler” ne l’a en réalité jamais rencontré,Pie XI et Pacelli ayant même ostensiblement choisi de quitter Rome pour Castel Gandolfo lors de la visite du Führer à Rome, en 1938. De récentes découvertes ont confirmé l’exis-tence d’un projet d’Hitler, aux alentours de juillet 1943, pour faire assassiner Pie XII. Il ne faisait d’ailleurs que lui rendre la politesse car, en 1939, Pie XII avait accepté de servir d’intermédiaire entre le général allemand Ludwig Beck et les Britanniques, en vue de faire assassiner Hitler, que Pie XII qualifia un jour de « possédé ».

Le silence du pape ? «Pendant les dix années de la terreur nazie, quand notre peuple a souffert un martyre effroyable, la voix du pape s’est élevée pour condamner les bourreaux et pour exprimer sa compassion envers les victimes » : ainsi,pour Golda Meir, ministre des Affaires étrangères d’Israël lors de la mort de Pie XII, le 9 octobre 1958, « la voix du pape s’est élevée » ! Le thème du “silence”de Pie XII est presque inexistant jusqu’aux années 1960. C’est le retentissement mondial, en 1963, de la pièce de l’Allemand Rolf Hochhuth, le Vicaire(adaptée au cinéma par Costa-Gavras en 2001 sous le titre Amen), qui va lui donner vigueur. On sait depuis 2007, par les révélations d’un ancien chef des services secrets roumains, le général Pacepa, que ce retentissement avait été orchestré par la désinformation du KGB. Dans Amen, Costa-Gavras va jusqu’à tronquer le message du pape de Noël 1942 du passage où il évoque les « centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part,mais seulement pour des raisons de nationalité ou de race, sont destinées à la mort ou à un progressif dépérissement ». Feindre de croire qu’une formulation plus vigoureuse aurait pu freiner en quoi que ce soit les persécutions relève de l’infantilisme. La forte protestation des évêques des Pays-Bas contre les persécutions antisémites, en juillet 1942, avait eu pour seul effet d’étendre ces persécutions, notamment aux juifs convertis, dont la carmélite Edith Stein. Aux grandes déclarations solennelles, Pie XII préfère donc les interventions au cas par cas. En 1943, sa menace d’une intervention publique suffit à arrêter la rafle de Rome, permettant à l’Église de sauver 80 % des juifs romains. En Hongrie, un message public de Pie XII au régent Horthy, en 1944, parvint à faire cesser les déportations, jusqu’à l’arrestation de Horthy par les nazis. En Pologne, en revanche, l’archevêque de Cracovie avait supplié le pape de cesser ses protestations, qui ne faisaient qu’aggraver la situation.

L’indifférence au sort des juifs ? D’après ses détracteurs, Pie XII ne s’intéressait qu’au sort des catholiques. Or, les témoignages abondent en instructions données par Pie XII, oralement ou par écrit, de tout risquer pour sauver le maximum de juifs – soit en les cachant, soit en leur donnant des faux papiers, certificats de baptême ou passeports (plus de 20 000 distribués rien qu’en Hongrie, selon Raul Hilberg).En outre,le pape s’impliquait personnellement : membre d’un réseau clandestin ecclésiastique destiné à aider les juifs pourchassés, le père Giancarlo Centioni souligne que les fonds utilisés venaient de Pie XII. Quand commencèrent les déportations des juifs romains, Pie XII leur fit ouvrir toutes grandes ses portes. Plusieurs centaines trouvèrent refuge au Vatican, et plus de trois mille dans la résidence d’été du pape, à Castel Gandolfo. La modération des protestations de Pie XII visait aussi à ne pas attirer l’attention sur les innombrables institutions catholiques qui cachaient des juifs, dans toute l’Europe.Le bilan de ces actions menées sur ordre de Pie XII fut considérable : historien israélien,Pinchas Lapide écrit que son rôle « a été déterminant pour sauver au minimum 700 000, si ce n’est jusqu’à 860 000 juifs, d’une mort certaine ». Le Dictionnaire historique de la papauté (Fayard) évalue à un million le nombre de juifs sauvés par l’Église.

“Une énorme matraque contre l’Église et la tradition”

Alors,pourquoi cet acharnement sur Pie XII, qui a plus parlé et agi contre l’antisémitisme que n’importe quel leader de l’époque ? Ni Roosevelt ni Churchill n’ont condamné la Shoah, et nul ne le leur reproche. De Gaulle, s’étonne Serge Klarsfeld,« est considéré comme un saint en France » alors que, « après la rafle du Vél d’Hiv, [il] n’a pas élevé la voix ». Le rabbin Dalin a une explication : à travers Pie XII, c’est une certaine conception du catholicisme que visent ses détracteurs,qui «utilisent purement et simplement la Shoah comme une énorme matraque contre […] l’enseignement catholique traditionnel.[…] La controverse sur Pie XII est typique de cette lutte du progressisme contre la tradition, qu’il faut bien reconnaître pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une agression contre l’Église catholique, en tant qu’institution, et contre la religion traditionnelle ». «Utilisation abusive de la Shoah à laquelle les juifs doivent s’opposer », écrit-il – à quoi l’on ajoutera : et plus largement tous ceux qui ne peuvent se résoudre à ce que les relations judéo-chrétiennes fassent les frais de cette manipulation de l’Histoire à des fins partisanes.

À lire
Pie XII, d’Andrea Tornielli, TemporaÉditions du Jubilé, 812 pages, 32 €.
Le Pape et le Diable, d’Hubert Wolf, CNRS Éditions, 340 pages, 25 €.
Pie XII et les Juifs. Le Mythe du pape d’Hitler, de David Dalin, Tempora, 240 pages, 19,90 €.
Pie XII et la Seconde Guerre mondiale, de Pierre Blet s.j., Perrin, coll. “Tempus”, 336 pages, 9 €.

La Christiannophobie qu’on le veuille ou non est devenu un fait que l’on devrait combattre au même titre que l’antisémitisme.

Vous avez dit Egalité ?

Guy d’Aulrois

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