PIE XII et la Collaboration

PIE XII et la Collaboration dans Histoire de l'Eglise pie12

Le Pape Pie XII (Eugenio Pacelli) accusé d’intelligence avec Hitler a vu son chef d’accusation réduit à celui d’avoir gardé le silence face à la politique nazie contre les juifs…

Le Polémiste croit fermement que ce nouveau chef d’accusation est aussi injuste que le premier, et vous propose de lire un article écrit par Laurent Dandrieu et paru dans Valeurs Actuelles le 21/01/2010:

Par Laurent Dandrieu

La légende noire de Pie XII ne résiste pas à l’examen des faits. Mais à travers lui, c’est la papauté qui est visée.

C’est le type même du débat désespérant, où les mêmes sempiternelles calomnies, mille fois réfutées par les historiens, sont ressorties ad libitum comme autant de faits indiscutables. Du dossier à charge où les médias ne veulent entendre qu’un son de cloche. De la polémique anachronique où, douillettement installé dans un confort moral sans risque, on réclame d’un acteur du passé une attitude prophétique quand il ne pouvait se soucier que d’efficacité ; où les jugements abrupts des publicistes d’aujourd’hui prennent le pas sur les témoignages des acteurs de l’époque, et où la louange de survivants de la Shoah assurant Pie XII de leur gratitude éternelle ne pèse rien face à la condamnation pressée des nouveaux juges.

De quelque côté qu’on le prenne, le dossier instruit contre Pie XII apparaît singulièrement vide, malgré les quarante ans où, comme nonce en Allemagne (1917-1929), puis comme secrétaire d’État du Vatican (1930-1939), enfin comme pape (1939-1958), Eugenio Pacelli fut au coeur de la vie de l’Église.

Défiance vis-à-vis du judaïsme, voire antisémitisme ? Aucun fait, aucune citation ne vient jamais appuyer cette accusation à l’encontre de celui qui fut le principal rédacteur de l’encyclique de Pie XI, Mit brennender Sorge (1937),qui condamnait le nazisme et ses délires racistes, et l’organisateur de sa distribution clandestine dans toute l’Allemagne, au nez et à la barbe des nazis. On accuse régulièrement Pie XII d’avoir enterré une nouvelle condamnation préparée par son prédécesseur, qui en réalité ne dépassa jamais le stade du projet. Or, Pie XII, dès sa première encyclique, Summi Pontificatus (1939), a émis une nouvelle condamnation du racisme, dont 88 000 exemplaires furent largués au-dessus de l’Allemagne par l’aviation française pour y affaiblir le nazisme.

Dans son livre Pie XII et les Juifs, le rabbin David Dalin note que les détracteurs de Pie XII ne parlent jamais des nombreuses amitiés juives nouées par Eugenio Pacelli, en Allemagne ou à Rome. Pie XII, qui fut, note-t-il encore, « le premier pape qui, dans sa jeunesse, a participé à des repas de sabbat chez des juifs », dans la famille d’un grand ami de sa jeunesse romaine, Guido Mendes, qu’il aidera à se réfugier en Suisse après les mesures antisémites de 1938. À cette époque, nombre d’intellectuels juifs furent chassés de l’université italienne ; Pie XII procura des postes à plusieurs d’entre eux à la Bibliothèque vaticane ou à Radio Vatican, où pour la première fois un juif fut invité à tenir une chronique régulière

Sympathie pour le régime nazi ? Cette thèse ne résiste pas aux innombrables condamnations du régime, protestations officielles contre ses exactions, propos publics ou privés condamnant la perversité du régime nazi. L’argument souvent utilisé est le concordat de 1933 entre le Vatican et l’Allemagne,négocié et signé par Pacelli, dans lequel ses détracteurs veulent voir un quitus idéologique accordé au régime hitlérien.Or, Pie XI avait envisagé de négocier un pareil concordat avec la Russie soviétique, lui qui a défini le communisme comme « intrinsèquement pervers ». Pareil concordat visait seulement à donner aux catholiques un statut qui les protège, surtout quand se profilaient des persécutions,qui étaient inévitables en Allemagne nazie. Même John Cornwell, dans son livre à charge Hitler’s Pope (devenu en français le Pape et Hitler), est obligé de reconnaître que, pendant la négociation du concordat, Pacelli « ne fait aucun effort pour dissimuler la répugnance que lui inspirent les agissements de Herr Hitler.[…]Il déplore la persécution des juifs, […] le règne de terreur auquel la nation est soumise ».

Les nazis, eux, n’ont d’ailleurs jamais confondu l’affection indéniable de Pie XII pour l’Allemagne avec une quelconque sympathie pour leur régime. Comment l’auraient-ils pu alors que – exemple entre cent –, inaugurant la basilique de Lisieux en 1937, Pacelli parlait de l’Allemagne comme « cette grande et noble nation que de mauvais bergers égarent sur les chemins dévoyés de l’idéologie de la race ». En 1939, la presse allemande s’affligera de l’accession au pontificat de celui qu’elle a constamment dénoncé comme un « ami des juifs » s’étant « toujours opposé au nazisme ».

Obsession anticommuniste, qui aurait poussé Pie XII à voir dans le nazisme un utile rempart contre le bolchevisme ? Pur fantasme : en janvier 1940, dénonçant la « barbarie » nazie en Pologne, Radio Vatican affirme que « les Allemands usent des mêmes moyens, et peut-être encore pires, que les Soviétiques eux-mêmes ». Le 6 mai 1940, alerté par des Allemands antinazis, Pie XII fait prévenir les Alliés de l’imminence de l’offensive allemande sur le front occidental. À l’ambassadeur de France Léon Bérard,nommé par Vichy, Pie XII confia : « Je redoute Hitler plus que Staline. »

Le pape d’Hitler ? Une édition du livre de John Cornwell, mettant en couverture une photo du nonce Pacelli en 1927, salué par deux soldats allemands de la République de Weimar, la présente comme une photo prise en 1939, à l’issue d’une entrevue avec les dirigeants nazis qui n’eut jamais lieu ! Lors du couronnement de Pie XII, Hitler fut le seul chef d’État à ne pas envoyer de représentant. Le “pape d’Hitler” ne l’a en réalité jamais rencontré,Pie XI et Pacelli ayant même ostensiblement choisi de quitter Rome pour Castel Gandolfo lors de la visite du Führer à Rome, en 1938. De récentes découvertes ont confirmé l’exis-tence d’un projet d’Hitler, aux alentours de juillet 1943, pour faire assassiner Pie XII. Il ne faisait d’ailleurs que lui rendre la politesse car, en 1939, Pie XII avait accepté de servir d’intermédiaire entre le général allemand Ludwig Beck et les Britanniques, en vue de faire assassiner Hitler, que Pie XII qualifia un jour de « possédé ».

Le silence du pape ? «Pendant les dix années de la terreur nazie, quand notre peuple a souffert un martyre effroyable, la voix du pape s’est élevée pour condamner les bourreaux et pour exprimer sa compassion envers les victimes » : ainsi,pour Golda Meir, ministre des Affaires étrangères d’Israël lors de la mort de Pie XII, le 9 octobre 1958, « la voix du pape s’est élevée » ! Le thème du “silence”de Pie XII est presque inexistant jusqu’aux années 1960. C’est le retentissement mondial, en 1963, de la pièce de l’Allemand Rolf Hochhuth, le Vicaire(adaptée au cinéma par Costa-Gavras en 2001 sous le titre Amen), qui va lui donner vigueur. On sait depuis 2007, par les révélations d’un ancien chef des services secrets roumains, le général Pacepa, que ce retentissement avait été orchestré par la désinformation du KGB. Dans Amen, Costa-Gavras va jusqu’à tronquer le message du pape de Noël 1942 du passage où il évoque les « centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part,mais seulement pour des raisons de nationalité ou de race, sont destinées à la mort ou à un progressif dépérissement ». Feindre de croire qu’une formulation plus vigoureuse aurait pu freiner en quoi que ce soit les persécutions relève de l’infantilisme. La forte protestation des évêques des Pays-Bas contre les persécutions antisémites, en juillet 1942, avait eu pour seul effet d’étendre ces persécutions, notamment aux juifs convertis, dont la carmélite Edith Stein. Aux grandes déclarations solennelles, Pie XII préfère donc les interventions au cas par cas. En 1943, sa menace d’une intervention publique suffit à arrêter la rafle de Rome, permettant à l’Église de sauver 80 % des juifs romains. En Hongrie, un message public de Pie XII au régent Horthy, en 1944, parvint à faire cesser les déportations, jusqu’à l’arrestation de Horthy par les nazis. En Pologne, en revanche, l’archevêque de Cracovie avait supplié le pape de cesser ses protestations, qui ne faisaient qu’aggraver la situation.

L’indifférence au sort des juifs ? D’après ses détracteurs, Pie XII ne s’intéressait qu’au sort des catholiques. Or, les témoignages abondent en instructions données par Pie XII, oralement ou par écrit, de tout risquer pour sauver le maximum de juifs – soit en les cachant, soit en leur donnant des faux papiers, certificats de baptême ou passeports (plus de 20 000 distribués rien qu’en Hongrie, selon Raul Hilberg).En outre,le pape s’impliquait personnellement : membre d’un réseau clandestin ecclésiastique destiné à aider les juifs pourchassés, le père Giancarlo Centioni souligne que les fonds utilisés venaient de Pie XII. Quand commencèrent les déportations des juifs romains, Pie XII leur fit ouvrir toutes grandes ses portes. Plusieurs centaines trouvèrent refuge au Vatican, et plus de trois mille dans la résidence d’été du pape, à Castel Gandolfo. La modération des protestations de Pie XII visait aussi à ne pas attirer l’attention sur les innombrables institutions catholiques qui cachaient des juifs, dans toute l’Europe.Le bilan de ces actions menées sur ordre de Pie XII fut considérable : historien israélien,Pinchas Lapide écrit que son rôle « a été déterminant pour sauver au minimum 700 000, si ce n’est jusqu’à 860 000 juifs, d’une mort certaine ». Le Dictionnaire historique de la papauté (Fayard) évalue à un million le nombre de juifs sauvés par l’Église.

“Une énorme matraque contre l’Église et la tradition”

Alors,pourquoi cet acharnement sur Pie XII, qui a plus parlé et agi contre l’antisémitisme que n’importe quel leader de l’époque ? Ni Roosevelt ni Churchill n’ont condamné la Shoah, et nul ne le leur reproche. De Gaulle, s’étonne Serge Klarsfeld,« est considéré comme un saint en France » alors que, « après la rafle du Vél d’Hiv, [il] n’a pas élevé la voix ». Le rabbin Dalin a une explication : à travers Pie XII, c’est une certaine conception du catholicisme que visent ses détracteurs,qui «utilisent purement et simplement la Shoah comme une énorme matraque contre […] l’enseignement catholique traditionnel.[…] La controverse sur Pie XII est typique de cette lutte du progressisme contre la tradition, qu’il faut bien reconnaître pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une agression contre l’Église catholique, en tant qu’institution, et contre la religion traditionnelle ». «Utilisation abusive de la Shoah à laquelle les juifs doivent s’opposer », écrit-il – à quoi l’on ajoutera : et plus largement tous ceux qui ne peuvent se résoudre à ce que les relations judéo-chrétiennes fassent les frais de cette manipulation de l’Histoire à des fins partisanes.

À lire
Pie XII, d’Andrea Tornielli, TemporaÉditions du Jubilé, 812 pages, 32 €.
Le Pape et le Diable, d’Hubert Wolf, CNRS Éditions, 340 pages, 25 €.
Pie XII et les Juifs. Le Mythe du pape d’Hitler, de David Dalin, Tempora, 240 pages, 19,90 €.
Pie XII et la Seconde Guerre mondiale, de Pierre Blet s.j., Perrin, coll. “Tempus”, 336 pages, 9 €.

La Christiannophobie qu’on le veuille ou non est devenu un fait que l’on devrait combattre au même titre que l’antisémitisme.

Vous avez dit Egalité ?

Guy d’Aulrois

 


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